Habiter l’intime

Autour de la toile La fille dans les draps jaunes, acrylique sur toile, 120 × 80 cm

Il y a des moments qui ne demandent rien.
Ils ne cherchent ni justification, ni récit.
Ils existent dans une forme d’abandon calme, presque imperceptible.

La fille dans les draps jaunes appartient à ces instants-là.

Le jaune envahit l’espace, non comme une couleur vive, mais comme une matière habitée.
Il enveloppe le lit, se froisse, se plie, se tend.
Il devient un champ de forces silencieuses dans lequel le corps s’inscrit sans résistance.

La figure féminine est allongée, vue en plongée.
Le regard ne domine pas : il accompagne.
Il suit la ligne d’un dos, la courbe d’une jambe, l’appui d’un pied.
Rien n’est démonstratif.
Tout est tenu.

Le corps comme lieu, le lit comme architecture

Dans cette peinture, le corps n’est pas posé sur le lit :
il fait partie du lit.

Les draps ne sont pas un décor.
Ils sont un territoire.
Leur rayure, leur épaisseur, leur désordre apparent construisent une architecture souple, mouvante, presque organique.

La figure humaine s’y inscrit comme on habite un espace familier.
Sans tension.
Sans attente.

Ce n’est pas un nu offert au regard, mais un corps qui se repose de toute fonction.
Un corps qui cesse d’être vu pour simplement être là.

Une narration retenue

Aucune histoire ne se donne clairement.
Rien n’indique l’avant ni l’après.

Ce silence narratif n’est pas un vide :
c’est une invitation.

Chacun peut y projeter un souvenir, une sensation, un moment vécu.
Le matin peut être proche, ou très loin.
La lumière n’est ni chaude ni froide : elle est intérieure.

La peinture ne décrit pas une scène intime.
Elle installe un état.

Peinture figurative de l’attachement

Ce qui traverse cette œuvre, c’est une forme d’attachement discret.
Attachement au corps, à la matière, à l’espace immédiat.

La posture n’est pas spectaculaire.
Elle est juste.

Dans mon travail, la figure humaine devient souvent un point d’équilibre entre présence et retrait.
Ici, elle ne joue aucun rôle.
Elle n’interprète rien.
Elle s’installe.

Le regard, à son tour, est invité à ralentir.
À rester.
À accepter de ne pas comprendre tout de suite.

Données de l’œuvre

  • Titre : La fille dans les draps jaunes

  • Technique : acrylique sur toile

  • Dimensions : 120 × 80 cm

  • Œuvre originale unique

Une recherche continue autour de l’intime

Cette toile s’inscrit dans une recherche plus large autour de la posture humaine comme langage silencieux.
Le corps, ici, ne raconte pas une histoire précise.
Il suggère une manière d’être au monde, fragile et stable à la fois.

Peindre cet instant, c’est accepter qu’il ne soit jamais totalement saisi.
Qu’il demeure, pour une part, suspendu.

Pour toute question autour de cette œuvre, un échange direct est privilégié.
Voir l’œuvre dans la sélection.

Alain Rouschmeyer

Alain Rouschmeyer est surtout connu pour ses peintures acryliques sur toile moyen format et ses dessins contemporains à l’encre. Observateur du quotidien, il analyse la balade humaine à travers les postures et les espaces traversés, comme pour sonder le banal et en capturer le parfum. Son itinéraire artistique l’invite à travailler l’architecture dans laquelle il aime porter la réflexion sur les espaces de vie et les transversalités qui en définissent les usages. Comme un poète analyste, le travail d’Alain Rouschmeyer navigue entre réalité et intimité laissant apparaitre l’attachement et le détachement au gré d’une volonté consciente. Il explore la dimension cachée d’un quotidien qui ne cesse de nous interpeller comme une musique de jazz ou un blues chaleureux. Le romantisme dont il assume intégralement la traduction contemporaine et intemporelle habite le support comme un espace impliqué.

https://www.alainrouschmeyer.art
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