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Les amoureux de la vieille ville

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Peinture figurative contemporaine, regard et architecture

Le flou du figuratif

La peinture figurative contemporaine évolue dans un champ élargi où la notion même de figure semble s’être diluée. Le terme figuratif désigne aujourd’hui des pratiques très diverses, parfois éloignées d’une véritable exigence de représentation construite. On parle d’abstraction figurative, de figuration élargie, de présence suggérée. La figure subsiste, mais son statut se transforme. Elle devient trace, citation, indice.

Ce glissement n’est pas anodin. Il modifie la responsabilité de l’image. La figure peut apparaître sans que sa construction soit assumée. Elle devient un élément parmi d’autres, parfois interchangeable.

Je ne m’inscris pas dans cette dilution.

Pour moi, le figuratif demeure une position exigeante. Il implique une construction, une attention à la posture, une articulation entre corps et espace. Représenter ne consiste pas à reproduire. Cela consiste à organiser une présence.

Le figuratif n’est pas un compromis entre abstraction et reconnaissance. Il est un engagement envers le visible.


Le regard comme responsabilité

Mon travail s’organise autour du regard. Non pas le regard du spectateur, conçu comme destinataire final, mais le regard comme tension interne à l’image. Une inclinaison de tête, une ligne d’épaule, une légère torsion du buste suffisent à déplacer l’équilibre entier d’un tableau.

Dans “La Fille dans les Draps Bleus”, la figure n’est pas seulement allongée. Elle est contenue dans un champ construit. Les plis, la couleur, la ligne du drap structurent l’espace. La posture installe une situation silencieuse. L’image ne raconte pas une histoire. Elle propose une présence stabilisée.

Dans la série des “Amoureux”, la distance entre deux corps importe davantage que leur proximité. Le regard circule entre eux. L’espace qui les sépare devient actif. La tension ne réside pas dans le geste spectaculaire, mais dans l’équilibre fragile d’une posture.

Ce qui m’importe est cet instant figuratif où la posture humaine murmure son attachement. L’instant n’est pas photographique. Il est construit. Il résulte d’observations, de croquis, d’ajustements successifs.

Le regard ne capte pas. Il organise.


Architecture et construction

Ma formation en architecture structure profondément ma peinture. Elle m’a appris à considérer l’espace comme une organisation et non comme un décor. Les masses, les vides, les lignes de force, les axes invisibles composent un champ structuré.

Dans “La Fille dans les Draps Bleus”, le plan vertical du fond, la tension horizontale du lit et l’oblique du corps créent une dynamique contenue. Rien n’est laissé au hasard. L’espace encadre la posture.

Dans les œuvres situées en extérieur, la présence architecturale, même discrète, agit comme contrepoint au corps. Un mur, une ligne de sol, une ouverture créent une contrainte. Le corps ne flotte pas. Il s’inscrit.

L’architecture ne constitue pas un arrière-plan. Elle devient partenaire. Elle stabilise ou déstabilise la figure. Elle crée une tension.

La composition procède d’un équilibre entre rigueur académique et spatialité contemporaine. L’académisme ne signifie pas rigidité. Il désigne une exigence de construction. La spatialité introduit une respiration, un déplacement, une ouverture.

Le corps est toujours situé.


Corps, densité et retenue

La peinture figurative contemporaine peut parfois céder à la séduction immédiate du corps. Je refuse cette facilité. Le corps n’est ni décoratif ni spectaculaire. Il est un point de densité dans un champ structuré.

Dans mes œuvres, la chair n’est pas traitée pour elle-même. Elle est relation. Elle dialogue avec le vide, avec la lumière, avec la surface.

La retenue importe. Un geste minimal peut suffire. Une épaule légèrement tournée, une jambe décalée, une main posée modifient la perception de l’ensemble.

Le corps ne cherche pas l’effet. Il cherche la justesse.

Cette justesse résulte d’un travail long. Croquis, études, reprises successives. L’instant figuratif ne surgit pas. Il se construit.

Refus de la gratuité conceptuelle

Le contexte contemporain valorise souvent le discours comme fondement principal de l’œuvre. Le concept peut accompagner une peinture. Il ne doit pas la remplacer.

Lorsque l’image ne se soutient que par un texte explicatif, elle délègue sa force. La gratuité conceptuelle, lorsqu’elle ne s’ancre pas dans une nécessité plastique, affaiblit la responsabilité visuelle.

Je ne rejette pas la pensée. J’assume une position. Mais cette position doit se traduire plastiquement. La peinture ne s’excuse pas. Elle tient par sa structure.

Une œuvre ne doit pas être comprise uniquement par le langage. Elle doit être tenue par sa composition.


Filiations et position

Je revendique un dialogue avec certaines figures de l’histoire de la peinture. Edward Hopper pour la tension silencieuse entre architecture et solitude. Egon Schiele pour la vérité incisive de la posture. John Singer Sargent pour l’exigence du regard et la maîtrise de la matière.

Ces références ne sont pas des modèles à reproduire. Elles sont des repères. Elles rappellent qu’une figure peut porter une intensité sans céder à l’effet spectaculaire.

La peinture figurative n’est pas une survivance. Elle demeure un champ actif.


Temps long et maturité du regard

Ma pratique s’inscrit dans un temps long. À soixante-neuf ans, la peinture relève de la consolidation plutôt que de l’émergence. La trajectoire importe autant que le geste.

Le temps affine le regard. Il permet d’élaguer. De simplifier. De stabiliser.

La reconnaissance récente de mon travail par une distinction internationale ne constitue pas une finalité. Elle agit comme un signal. Elle confirme qu’une peinture figurative construite peut encore trouver sa place dans le paysage contemporain.

Le figuratif n’est ni nostalgique ni réactionnaire. Il demeure un espace de responsabilité.

Dans un monde saturé d’images rapides, la peinture peut proposer autre chose. Une lenteur. Une construction. Une présence stabilisée.

Rencontrer et peindre l’instant figuratif où la posture humaine murmure son attachement. Cette phrase décrit une méthode. Observer. Construire. Équilibrer. Stabiliser.

Le figuratif contemporain, lorsqu’il assume sa rigueur, demeure un lieu de tension entre corps et architecture, silence et présence, retenue et densité.

C’est dans cette tension que je situe mon travail.


Lire : → Le corps et l’espace dans la peinture figurative contemporaine

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